Résumé :
Médée et Jason sont mariés depuis 10 ans et ont deux fils. Accompagnés de la vieille nourrice de Médée, ils parcourent les routes, volant, tuant, mentant. Las de cette vie, Jason veut quitter Médée et épouser Créuse, la fille du roi Créon. Il espère ainsi trouver une vie calme et rangée. Mais Médée, trahie, ne peut plus supporter que Jason la quitte. Se heurtant à la détermination de Jason, Médée révèle toute sa soufrance. Pour se venger de cette trahison, elle va tuer ses enfants puis se donner la mort.
DistributionMédée :
Sylvie DoisyJason : Paul Payre
La nourrice : Geneviève Brissot
Mise en scène
Sylvie Doisy Petite note d'intention
S'attaquer aux grands mythes pour les rendre plus proches de nous, car ce qu'ils vivent, nous le vivons aussi, en partie et à des niveaux différents, est une gageure qui m'intéresse au plus haut point. Conserver la dimension mythique ou tragique, mais par une interprétation pleine de sentiments, d'humanité, rendre ces personnages "humains" où chacun des spectateurs peut, à un moment ou à un autre, se retrouver.
Après Bérénice, de Jean Racine, le choix de Médée poursuit cette démarche.
La pièce de Jean Anouilh, violente et sans concession, creuse au plus profond la souffrance de cette femme. On ne voit bien souvent dans Médée que la mère infâme qui tue ses enfants. Certes le geste est horrible, mais il faut bien sur l'analyser et comprendre le pourquoi de cet acte suprême. Chez Anouilh, c'est surtout le rapport Médée/Jason qui est traité. Un couple à la dérive, une femme castratrice, un homme qui veut se libérer de cette emprise. Pour Médée, c'est une idée insoutenable de penser que Jason puisse la quitter. Mais Jason oppose à sa violence une calme détermination.
C'est une Médée animale, une Médée femme-enfant que j'ai voulu interpréter. Sa soufrance est telle qu'elle va basculer dans le côté noir de sa personnalité. Pour moi, Médée représente la part d'ombre que nous avons en nous. Elle, elle s'y engouffre totalement et va jusqu'au geste suprême et désespéré : elle tue ses enfants. Elle punit ainsi Jason dans sa masculinité.
J'ai voulu un Jason calme, posé, déterminé, Médée se heurte à un mur. Mais aussi un Jason sensible qui arrive à un moment de sa vie où il ressent le besoin "d'accepter", accepter le monde tel qu'il est et de s'y faire une place. A chaque femme maintenant de juger son comportement.